| Discours des chefs |
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Une nouvelle page de notre histoire commune
Nous, les chefs des Premières Nations du Conseil tribal Mamuitun mak Nutashkuan, sommes fiers et heureux, après un long et laborieux trajet qui dure depuis plus de vingt ans, d’en arriver à une étape que nous jugeons tous comme cruciale, soit la ratification de notre entente de principe d’ordre général. Cet événement revêt pour nos peuples une importance historique puisqu’il démontre notre volonté commune d’en arriver à une cohabitation harmonieuse et pacifique sur cet immense territoire que nos ancêtres avaient déjà commencé à partager avec les nouveaux arrivants.
Cette reconnaissance de la présence de nos deux peuples, nous voulons qu’elle se fasse dans l’enthousiasme, l’honneur et la dignité et nous n’avons aucune intention qu’elle se fasse au détriment de l’un ou de l’autre. Nos peuples se côtoient depuis longtemps et nous avons eu, jusqu’à ce jour, des rapports qu’on peut qualifier généralement de très harmonieux.
Nous sommes ici aujourd’hui pour vous signifier ce que représente, pour nous peuple innu, la réussite de la démarche nous ayant mené à l’Entente de principe d’ordre général. Le long portage n’est pas encore terminé mais le pas est bon et ferme et on se dirige maintenant vers le Traité.
Toutes les cultures de la Terre ont leurs particularités. La nôtre repose principalement sur le lien que nous avons toujours entretenu avec la Terre, cette mère qui nous nourrit depuis toujours et dont les aînés nous ont enseigné à en être les gardiens.
Nous avons donné des noms aux lacs, rivières, montagnes et forêts du Nitassinan. Ce sont des traces que nous avons laissées au fil du temps. C’est également là que notre langue s’est façonnée, à l’image de nos actions et de nos pensées. Notre langue nous permet encore aujourd’hui de raconter notre histoire et nos légendes. Les souvenirs de notre Peuple sont encore bien vivant dans le Nitassinan et il est essentiel qu’ils le restent.
Comme tout peuple sur cette Terre, nous avons rencontré des difficultés au cours de notre histoire mais notre volonté profonde de préserver notre culture, nos traditions, notre langue et notre lien sacré avec le territoire nous a donné des forces. Nous ne sommes pas sans savoir également, que plusieurs Québécois partagent aussi ce sentiment d’appartenance au territoire. Nous respectons cet attachement.
Le respect entre nos Peuples a déjà été plus formel qu’aujourd’hui. En 1603, nos ancêtres ont cru bon de sceller leurs liens d’amitié dans un Traité de paix et d’amitié conclu à Tadoussac. C’est, selon nous, le fondement de notre coexistence sur le territoire. Donc, depuis 400 ans, un partenariat s’est établi et tout le monde a pu en retirer des bénéfices qui ont encore des effets aujourd’hui. Ce partenariat était basé sur une relation d’égal à égal entre nos peuples. Rappelons-nous toujours l’esprit qui a guidé cette relation.
Aujourd’hui nous voulons établir une nouvelle forme de relation : moderne, bénéfique et avantageuse pour tous. Nous sommes fiers d’être Innus et vous conviendrez sûrement que c’est chose normale et légitime. Il ne saurait être question de renoncer à notre spécificité.
Les Québécois et les Québécoises, tout comme les Innus, ont eux aussi pris conscience au cours de leur histoire de l’importance de défendre leurs droits, leur culture et leur langue et reprendre en mains leur destinée. Notre combat est de même nature.
Dans cette négociation qui traverse aujourd’hui une étape historique, les enjeux suivants demeurent incontournables pour les Innus de Mamuitun :
- La reconnaissance des droits ancestraux, y compris le titre aborigène ;
- Le maintien du lien avec l’ensemble du Nitassinan
- La cohabitation harmonieuse et pacifique ;
- Le partenariat.
Le résultat de ce long travail revient bien sûr aux négociateurs mais aussi aux équipes qui les entourent. Ils en sont arrivés à des solutions qui rencontrent les intérêts de toutes les parties. Le succès d’une négociation n’est jamais évident car un gain pour une parties représente toujours un compromis pour l’autre et vice-versa. Pour y arriver il faut toujours une volonté ferme d’atteindre ce résultat car il n’y a rien de plus facile que de rester sur ses positions mais ce n’est surtout pas un gage de réussite dans le cadre d’une négociation.
Nos Premières Nations innues vivent et vivront d’importants changements qui doivent s’opérer avec un esprit moderne tout en ne dénaturant pas notre système de valeurs. Nos défis, dans un proche futur, seront de protéger et promouvoir notre culture et notre langue, et d’améliorer notre situation sociale et développer notre économie. Nous avons également la chance de bâtir des institutions qui nous permettront d’assurer un meilleur monde à notre jeunesse.
Souhaitons-nous, en ce grand jour de ratification de notre entente de principe d’ordre général, nos meilleurs vœux de succès car le chemin ne sera pas facile jusqu’à la conclusion d’un véritable Traité entre nos peuples dans le respect de nos droits les plus fondamentaux.
